Le Blog de Jean Métellus

 

vendredi 22 mai 2009

Mon Roumain à moi

Texte paru en 2007 à l'occasion des festivités autour "des cent ans de Jacques Roumain"

Jacques Roumain sera toujours Jacques Roumain. Point n’est besoin de l’encenser pour tenter de renforcer son auréole. Il se suffit à lui-même. Ni d’essayer d’égratigner son image. Personne ne l’a tenté, à ma connaissance, avec un minimum de succès. Heureusement. Car quoi de plus gratifiant, de plus satisfaisant, de plus beau et de plus agréable que de compter parmi les siens un être d’exception.
Je me contenterai de raconter les circonstances de ma rencontre avec les écrits et la pensée de ce créateur, de dire le rôle qu’il a joué dans mon parcours et les horizons qu’il m’a dévoilés.
Je n’avais jamais entendu parler de Jacques Roumain à l’école primaire des Frères de l’Instruction Chrétienne à Jacmel. Mes instituteurs, laïques ou religieux, obéissaient, je le crois maintenant, à des instructions qui ne considéraient pas à sa juste valeur l’apport de cette oeuvre à l’éducation de la jeunesse. De telles consignes visaient d’ailleurs l’ensemble des écrivains haïtiens dont aucun n’eut droit à quelque attention de la part des enseignants que j’ai connus.
J’ai dû attendre la quatrième année de lycée pour découvrir la pensée et l’œuvre de ce grand Haïtien. C’est d’ailleurs de façon latérale par l’intermédiaire d’un avocat professeur de lettres et d’histoire au chômage, que j’ai fait cette découverte. Ce professeur de lycée sans emploi n’était autre que Jean-Jacques Dessalines Ambroise qui venait d’épouser une filleule de ma mère, Lucette Lafontant, fille aînée de Mr. Et Mme Massillon Lafontant. Progressivement mes liens avec Jean-Jacques se sont développés, resserrés, amplifiés et c’est Jean-Jacques qui m’a mis entre les mains le maître livre de Jacques Roumain : Gouverneurs de la rosée. De là datent mes premières relations avec Jacques Roumain et aussi mon départ dans la vie intellectuelle. Grâce à Jean-Jacques Ambroise, j’ai pu lire tout ce qu’il y avait de disponible dans l’œuvre de Roumain et créer une sorte de " Roumanomania " dans la jeunesse du lycée, mais avec beaucoup de circonspection. Car dans le milieu de petite classe moyenne du lycée Pinchinat de Jacmel, circulaient toutes sortes de vieux préjugés sur le comportement et l’enthousiasme communiste de Jean-Jacques Ambroise. Si on devait le fréquenter, il fallait faire attention. Jean-Jacques n’a jamais été en odeur de sainteté à Jacmel et n’a pu s’épanouir intellectuellement qu’en s’installant à Port-au-Prince où il a exercé ses talents de pédagogue vers les années 1956. A travers moi, Jean-Jacques est entré en contact avec d’autres jeunes du lycée Pinchinat, nous n’étions pas nombreux, une quinzaine en classe de rhéto. Mais ces jeunes là s’intéressaient déjà à la vie événementielle de la cité. Nous prenions plaisir à suivre les " grands procès " qui se déroulaient au tribunal civil de Jacmel. Ces procès criminels nous attiraient et comme la plupart des avocats du barreau étaient aussi nos professeurs au lycée, nous allions suivre le déroulement de ces procès par curiosité pour être édifiés sur les crimes commis dans la région et surtout pour mesurer la valeur et la force de conviction, les compétences respectives de nos maîtres.
Nous fûmes très étonnés d’entendre un de nos professeurs qui défendait un accusé connu et réputé pour sorcellerie et auteur d’un crime suscité par la superstition, prendre brillamment la parole avec des accents révolutionnaires et lyriques directement issus de la monographie de Jacques Roumain intitulée " À propos de la campagne anti-superstitieuse ".
Le plaidoyer du professeur allait crescendo, on ne lui connaissait ni une si vaste culture ni un pareil talent oratoire et la conclusion nous enthousiasma : " … Le paysan haïtien n’est pas plus superstitieux ou arriéré, à conditions économiques égales, qu’un paysan breton ou tyrolien… Le peuple haïtien dans son énorme majorité, malgré les progrès géants du protestantisme, est catholique. La greffe du vaudouisme correspond à un processus historique naturel… Si l’on veut changer la mentalité religieuse archaïque de notre paysan, il faut l’éduquer. Et on ne peut l’éduquer sans transformer en même temps sa condition matérielle…Tant que nous n’aurons pas développé un système suffisant de cliniques rurales, le paysan ira consulter le bocor. Et il aura raison de le faire. Tant qu’il sera misérable, incapable de payer une consultation de médecin, de faire exécuter une prescription, il retournera au bocor. Pour combattre la superstition, il faut changer les conditions de vie ".
Après avoir appris que l’avocat n’avait fait que citer Jacques Roumain, nous avons tous voulu nous procurer le texte intégral de Roumain. Cet avocat venait de faire plus pour l’œuvre de Roumain que Jean-Jacques Ambroise lui-même.
Devenu un an plus tard environ Président de la J. E. C masculine à Jacmel, je me suis transformé en émule de l’avocat dont nous venons de parler à tel point qu’un Jacmélien, ancien membre de la J. E. C m’a récemment demandé au Canada où il professe quel message je voulais faire passer lors de nos réunions jécistes du samedi matin : il m’a confié qu’il y avait vu deux langages, l’un proche du ciel, un autre proche des réalités de la vie. C’est que moi aussi, vu mes relations avec Jean-Jacques Ambroise et certains textes de Roumain destinés à la jeunesse, j’essayais d’éclairer mes condisciples. J’ai utilisé plusieurs écrits de Roumain pour sensibiliser mes compagnons et les convaincre que s’il fallait croire au ciel il fallait aussi avoir confiance dans le peuple. Je ne saurais dire maintenant quels étaient ces textes, mais ils m’ont servi à éveiller les esprits et surtout à ne pas être parjure. Roumain a donc été pour moi un guide et je n’ai jamais oublié comment il m’a aidé.

Quelques années plus tard, à Paris, un ami est venu me voir, c’était en 1970, il voulait organiser une exposition de peinture naïve à Laval, la ville du douanier Rousseau. Sans hésiter j’ai proposé – et cela fut accepté – que cette exposition, intitulée " Peintres haïtiens et Vaudou ", soit dédiée à la mémoire de Jacques Roumain et d’Aimé Césaire. J’en ai d’ailleurs préfacé le catalogue. Mon ami Jean-Pierre Bouvet, conservateur du musée de Laval qui n’est malheureusement plus de ce monde écrivait " La peinture d’Haïti témoigne de l’originalité d’un peuple et de le prise de conscience de celui-ci de l’universalité de son langage. Cette exposition est dédiée à Jacques Roumain et Aimé Césaire, deux hommes dont la démarche exemplaire et fraternelle, incarne particulièrement cette double exigence ".

En dehors de cette exposition je n’ai jamais parlé de Roumain sauf par deux fois à Port-au-Prince avec Jean Fouchard dont il était l’ami et avec René Piquion. M’entendant évoquer avec ferveur Jacques Roumain, Fouchard m’a dit " Jacques était très humain mais parfois cabotin ", il me disait cela avec sérénité, riant encore de ce qui s’était passé entre eux. Jean m’appelait dans toute sa correspondance mon " to-caye " pour dire que nous portions le même prénom. Il m’a confié qu’il lui était impossible dans ses tête-à-tête avec Jacques de lui apprendre quoi que ce soit, celui-ci se présentait comme sachant tout, comme étant au courant de tout. Un jour Fouchard excédé par cette prétendue omni-science a voulu lui jouer un tour : il a inventé un écrivain libanais sans existence réelle mais qui portait le nom d’un commerçant libanais de la place de Port-au-Prince, il demanda à Jacques " connais-tu un tel ? " et Jacques lui a répondu imperturbablement et de façon très convaincante " bien sûr ", prêt à s’exprimer sur cet auteur fantaisiste. C’est le seul travers que Fouchard connaissait à son ami.

Avec René Piquion, la conversation était plus argumentée : " Mon cher Jean, me disait Piquion, Jacques était à l’évidence un grand bonhomme. Il en jetait. Et il n’y avait place que pour lui. C’est parfois le petit côté des grands hommes. Il était d’ailleurs servi par une autorité naturelle, un charisme, un charme au sens étymologique du terme. Mais c’est son admirateur Jacques Stephen Alexis qui lui a donné toute la place, à tel point que les critiques n’osent pas lui attribuer la première place dans la galerie des romanciers contemporains et donc prennent acte de cet hommage excessif et enflammé.

Toutes les personnes que j’ai rencontrées m’ont confirmé l’excellence de mon Roumain, cependant un certain témoignage dont j’ai eu vent très tard a un instant ébranlé ma confiance. Je l’ai trouvé dans le livre de Marcel d’Hans sur Haïti intitulé " Haïti. Paysage et Société "
" Si, suite à l’occupation américaine, le folklore du militarisme caco passe définitivement à l’histoire, on ne peut pas dire pour autant que le niveau du débat politique haïtien devienne satisfaisant. En effet, grâce à la relative ouverture du pays sur le monde extérieur, l’intelligentsia haïtienne a soudain découvert toute la panoplie des idéologies modernes ; mais hélas, elle y effectue ses choix comme dans un catalogue de ventes par correspondance. Un seul exemple : en 1934, Jacques Roumain fonde le Parti Communiste Haïtien moins de sept ans après avoir publié ceci : « Nous préconisons par-dessus tout l’union. Le terme resplendit au fronton des associations fascistes : le Faisceau, et fait honneur au Duce, nous le ferons connaître ». Bref, le souci de" faire moderne " l’emportant très souvent sur la conviction, voire même sur la simple compréhension des enjeux, il s’ensuit que bien que les acteurs de la politique haïtienne s’appliquent désormais à traduire leurs querelles de famille, de clans, de clocher, d’épiciers, dans une phraséologie théoriquement repérable sur l’échiquier idéologique international, ceci ne contribue pas forcément à rendre plus limpide le jeu de la politique haïtienne ". Roumain avait-il dérapé ? Quoi qu’il en soit, comme l’a écrit Anthony Lespès " Jacques Roumain a accompli son destin magnifique qui fut d’annoncer notre époque, de l’expliquer, de la préparer. Mais la mort, pour lui, n’a jamais été une fin. Elle n’est pas une évasion. Elle devient un moyen de domination et de maîtrise de soi et du monde ".

Oui, comme l’a écrit Brierre, reprenant le mot de Lespès, dans une belle suite poétique : nous garderons le dieu.

Jean Métellus

lundi 11 mai 2009

Chronique de "Braises de la mémoire" de Gilbert Desmée

Gilbert Desmée d'Encres vagabondes vient de publier une belle chronique du dernier recueil de poèmes de Jean Métellus :

Jean Métellus est une des grandes voix de la poésie haïtienne que je suis depuis bien des années. Braises de la mémoire, son dernier recueil, nous entraîne dans un Haïti sublimé, que la mémoire transforme, face à la dure réalité du pays. C’est dans une écriture lyrique que Jean Métellus invoque son enfance, son vécu et embrasse dans une nuit immobile un peuple au passé légendaire. Il fait chanter son île natale, y fait vibrer toutes les lumières, les senteurs, les musiques…

Pour lire toute la chronique : Encres-vagabondes.com.


lundi 13 avril 2009

Poème inédit

Vous pouvez découvrir un inédit de Jean Métellus, sur Mouvance.ca (merci à Claudine Bertrand).

Les premiers vers

Ami lecteur, poursuis cette lecture, veux-tu

Ainsi main dans la main nous cheminerons

Ainsi s’accorderont nos voix

Et nos regards rimeront nos rêves

(...)

---

Pour lire la suite : cliquez-ici.

jeudi 19 mars 2009

Braise de la mémoire


Dans ce recueil, Jean Métellus est une fois encore le chantre de son île natale, Haïti, riche de toutes les lumières, toutes les senteurs, de toutes les musiques, de toutes les splendeurs du monde, mais muertrie, mutilées, vidée de sa substance par les occupations successives, puis par leurs sequelles.
(...)
"Oublieuse mémoire" dit Supervielle, j'écris "dans le registre à vif des plis de la mémoire", répond Jean Métellus.

Extraits de la quatrième de couverture

Braises de la mémoire est paru aux Editions de Janus en mars 2009 à l'occasion du Salon du Livre de Paris.

dimanche 22 février 2009

Lumane Casimir - Visages de femmes

La voix inoubliable de Lumane Casimir


L'introduction et la chute du poème

Née de parents anonymes, géniteurs clandestins sans gagne-pain
Jaillie d'une étreinte matinale sur la natte de palmier
Dans la campagne entourant la citée célèbre des Gonaïves
Fille d'un pays sans repos, première nation nègre
Lumane Casimir ouvrit les yeux un jour ordinaire
Mêlant ses premiers cris au souffle du vieux vent caraïbe

(...)

Les cordes de sa guitare chantaient à l'unisson avec sa gorge
Colorant le silence, habillant l'espace
Immortalisant Haïti et l'Afrique

Magistrale dans tous les registres
Lumane, enfant du ciel et de la terre
Habite notre mémoire
Telle une fée bienfaisante
A la fois apaisante et stimulante.

Jean Métellus - Extrait du recueil de poèmes Visages de Femmes "Lumane Casimir"

samedi 7 février 2009

Agenda 2009

Publications

  • Réédition de Visages de Femmes fin février / début mars
  • "Braises de la mémoire", nouveau recueil de poèmes aux éditions de Janus, sort le 9 mars, il sera disponible au Salon du Livre entre le 12 et le 19 mars au Stand Temps des Cerises

Vidéos et TV

  • Jean Métellus et Béatrice Sauvageot, seront dans Le magazine de la santé du lundi 6 avril au vendredi 10 avril, sur France 5, deux fois par jour (13h30 et 19h). Chaque épisode de "7mn pour une vie" est diffusé en fin d'émission, soit vers 14h20 et 19h40. Les épisodes seront également visibles sur internet à tout moment.

Conférences et lectures

  • Le 29 janvier - Cycle de conférences sur la mémoire au Lycée Thérèse d'Avila à Lille : Les différentes conceptions de la mémoire, Les mille et une vies de la mémoire, Les différentes conceptions de la mémoire.
  • Le 3 février - Participation à la présentation de l’anthologie publiée par les Éditions Seghers " Poésies de langue française " à 18 h à l’auditorium des Cours de Civilisation Française de la Sorbonne 16 bis rue de l’Estrapade 75005 Paris
  • Le 7 février - Participation à l’enregistrement de la Nuit de la Poésie sur Radio Valois Multien à 16h30
  • Le 11 mars à 18h30 - Participation à une soirée poésie dans le cadre du Printemps des Poètes 2009, dans l'Auditorium des Cours de Civilisation Française de la Sorbonne, 16 bis rue de l'Estrapade 75006 Paris
  • Le 12 mars - Entretien avec des élèves du Lycée Picasso de Fontenay- sous- Bois
  • Le samedi 14 mars à partir de 15h - Présence au Salon du Livre au Stand du Temps des Cerises (repère : R 64)
  • Le lundi 16 mars à partir de 21h - Dans le cadre du Printemps des Poètes, Lecture au Café de la Mairie Place Saint-Sulpice 75006 Paris
  • Le mardi 24 mars 2009 à 19 heures, Christian Bourgoignie - Directeur du Centre Wallonie-Bruxelles et Clément Duhaime - Administrateur de l'Organisation internationale de la Francophonie organisent « ceinture de mains fraternelles... » (L.S. Senghor) : une soirée poétique autour de la sortie de Poésies de langue française, 144 poètes du monde entier (Éditions Seghers) et de L'Année poétique 2009. Spécial Belgique (Éditions Seghers). En présence de Bruno Doucey (Ed.Seghers), Sylvestre Clancier (PEN club France) et des poètes francophones présents à Paris (dont Jean Métellus). Adresse : 46, rue Quincampoix - 75004 Paris - M° Châtelet - les Halles ou Rambuteau.
  • Les 25 et 26 avril - Participation aux Rencontres du Livre et du Vin à Balma
  • Le 13 mai - Grand Auditorium de l'Hotel de Ville de Paris à 20 heures - Débat animé par Jean Métellus suite à la projection du film : "Haïti face à son histoire".
  • Le 15 mai - À la Maison d’Haïti (16 rue Bisson 75020 Paris Métro Belleville ou Couronnes) à 19 heures, soirée d’hommage "À la mémoire de Jean-Claude Charles", par Jean Métellus, Mimi Barthélémy, Gérald Bloncourt et Antoine Fritz Pierre.
  • Le samedi 16 mai à 18h30, participation au 185ème " Rendez-vous poétique " de La Cave Littéraire : Maison des associations (ancienne mairie), 14 Place du 11 novembre 1918 à 38090 VILLEFONTAINE
  • Le mardi 26 mai à 20h30, Au Café de la Mairie Place Saint-Sulpice 75006 Paris, dans le cadre des Mardi Littéraires de Jean-Lou Guérin - Présenté par Hélène Delprat, Écrivain - Jean MÉTELLUS lira ses poèmes avec le comédien Patrice Bouret, les lectures seront suivis d'une séance de dédicaces.

dimanche 4 janvier 2009

Le livre pauvre de Jean Métellus



Ouvrage repris dans "Richesses du livre pauvre" de Daniel Leweurs, publié fin 2008 chez Gallimard, dans ce beau livre on retrouve d'autres extraits poétiques de Jean Métellus :



Pour voir le livre Richesses du livre pauvre : cliquez-ici.

vendredi 19 décembre 2008

A la famille et aux amis de Gérard Etienne

J'ai connu Gérard Etienne il y a une quinzaine d'années, je l'ai rencontré pour la première fois à Strasbourg au cours d'une réunion du C. I. E. F, il était accompagné de sa femme Natania, je l'ai rencontré à nouveau à Casablanca et récemment à Liège. Nous sommes restés en contact, j'ai suivi attentivement ses nombreuses interventions dans des réunions internationales et j'ai lu avec grand intérêt sa chronique régulière " La révolution (tranquille) haïtienne " dans Haïti Observateur.

Sa disparition constitue une très grand perte pour Haïti, pour les communautés haïtiennes de l'étranger et pour le C.I.E.F dont il était un membre actif, efficace et prestigieux. C'était un écrivain de valeur et un défenseur passionné de son pays.

Je présente mes sincères condoléances à sa famille.

Jean Métellus

samedi 6 décembre 2008

A la mémoire d'Antoine G. Petit

Âgé d’environ 80 ans, Antoine G. Petit nous a quittés ce matin 6 décembre 2008

J’avais fait sa connaissance en 1970 en France et depuis nous nous étions rencontrés maintes fois. Il m’avait invité chez lui, à Stockholm, m’avait introduit dans certains milieux universitaires où, grâce à lui, j’ai prononcé quelques conférences sur l’art et la littérature haïtienne.

Mais c’est d’Antoine Petit qu’il faut parler. Qui était-il ? C’était d’abord un patriote comme son père Georges Petit, grand journaliste, grand opposant à touts les régimes dictatoriaux d’Haïti. Georges Petit a passé de nombreuses années en prison parce qu’il a combattu l’occupation américaine et les régimes autoritaires qui ont succédé à cette mainmise de 15 ans sur notre pays. Journaliste, il avait son franc-parler. Très digne, il n’acceptait ni corruption ni compromission. Il a légué ces qualités à son fils Antoine qui, toute sa vie, a manifesté beaucoup de retenue et d’indépendance envers les pouvoirs en place. Les titres des journaux dans lesquels ils écrivaient donnent une idée de leurs préoccupations : l’un d’eux s’appelait " Le Patriote " et un autre, " L’Indépendant ".

Antoine Petit fut un opposant de la première heure à François Duvalier. Et les sbires de ce pouvoir l’ont torturé, il a été frappé, pendu par les pieds dans une de ces zones sombres où les tontons macoutes exerçaient leur force. On comprend qu’il ait dû très vite quitter le pays pour se retrouver à Cuba où il poursuivit ses activités militantes et où il se maria. C’est là qui rencontra à nouveau René Depestre avec qui il s’était lié lors du passage de ce dernier en Haïti, au début de l’ère duvaliérienne. Antoine fut, toute sa vie, un grand admirateur de Jacques Roumain. Il gardait beaucoup d’affection pour Depestre dont il avait été l’un des témoins de mariage.

Antoine ne se confiait pas beaucoup. Il était discret et comme nous disons en Haïti, il n’a jamais prononcé un mot plus haut qu’un autre. On ne l’a jamais vu s’emporter ou fulminer. Il avait de la tenue, de la retenue et défendait ses amis contre quiconque leur décochait une flèche.

Il avait réuni autour de lui à Stockholm un petit noyau d’Haïtiens qui lui faisaient entièrement confiance. Aujourd’hui cette petite communauté le pleure.

Antoine aimait pardessus tout sa fille Sandra qui a passé brillamment, en 1995, dans une université parisienne, sa thèse de doctorat en Sciences de l’Éducation, avec mention très bien et félicitations du jury. Sandra a hérité des qualités humaines et intellectuelles de son père. Le lendemain de la soutenance, une quinzaine d’Haïtiens étaient réunis chez nous, à la maison, dont Antoine évidemment très fier de la réussite de sa fille.

Comme de nombreux Haïtiens de la diaspora, Antoine a voyagé sur tous les continents, il a vécu quelque temps en Chine puis s’est établi en Suède où il travaillait comme traducteur. Il aurait pu apporter encore beaucoup à notre pays qu’il aimait de tout son cœur.

Saluons la mémoire de ce grand Haïtien dont la rectitude morale et intellectuelle honore notre pays.

Jean Métellus

mercredi 19 novembre 2008

Agenda 2008

Distinctions

13 Juin 2008 : Jean Métellus est décoré de la Légion d'Honneur par Georges-Emmanuel Clancier.

Publications

  • Mai 2008 : Visages de femmes - recueil de poèmes paru en Avril 2008 aux Edition Les Temps des Cerises.
  • Janvier 2008 : Eléments - recueil de poèmes paru en février 2008 aux Editions de Janus, collection Fiction & Témoignage

Présentations, lectures, inaugurations et dédicaces

5-6 décembre : Participation à l’Hiver Littéraire de Panevezys (Lituanie)

29 novembre : Vente-Signature au Salon International de l'Edition Indépendante
Le samedi 29 novembre à partir de 15 heures au stand des Editions de Janus à l'occasion du Salon International de l'Edition Indépendante
Espace des Blancs Manteaux 48 rue Vieille du Temple 75004 Paris

21 novembre : 20h30 Participation à une soirée poétique à l’auditorium de la Bibliothèque Municipale de Viroflay avenue du Général Leclerc (78220 Viroflay France)

15 novembre : Participation au Festival " Festafrika " à Lille

Le samedi 11 octobre 2008 à 15 heures vente-signature

Vente-Signature de Jean Métellus dans un lieu qui honore souvent la culture haïtienne : la librairie de la Halle Saint Pierre (2 rue Ronsard 75018 Paris)

4-5 octobre : 13ème Salon du Livre de Gaillac (France 81601)

28 septembre : 11h00 H inauguration de la Place Aimé Césaire à Bonneuil sur Marne En présence du maire Patrick Douet et de madame Michèle Césaire, la fille d'Aimé Césaire
- Lire l'introduction du discours -
- Poèmes d'Aimé Césaire chantés par Gérard Pitiot -
La place Aimé Césaire se situe devant la Médiathèque (1, rue de la Commune 94380 Bonneuil France)

24 Juin : interview à la radio Valois Multien 93.7

Le mardi 24 juin à 20 heures Jean Métellus sera interviewé par Eric Sivry sur son oeuvre poétique.

21 juin : Moment poétique "Haïti mon amour, entre tragédie et poésie : regards croisés du Canada et de la France"

Triptyque en partenariat avec l’Observatoire de la diversité culturelle, le Centre culturel Canadien, le PEN Club, La lLibrairie du Quebec et la mairie de Paris : rencontres avec

  • Joël Des Rosiers, poète Haïti-Canada
  • Jean Métellus, poète Haïti-France
  • Sylvestre Clancier, poète, Président du PEN Club France.

Cette rencontre sera animée par Ginette Adamson, professeur des universités, Fulvio Caccia. Le samedi 21 juin à partir de 9h30, Au Café de la Mairie, 8, Place Saint-Sulpice 75006 Paris Café offert.

20 juin : Lecture "sculptures sur prose 2008" et signature au marché de la poésie

  • Le vendredi 20 juin à 16 heures, au restaurant "Les Trois Canettes" : 18, rue des Canettes, Paris 6e. Jacques Rancourt, Directeur du Festival franco-anglais de poésie et de la revue la Traductière organise des lectures de poèmes avec plusieurs poètes : Max Alhau, Gabrielle Althen et Claude Ber (Fr.), Beverley Bie Brahic (Can.), Dan Bouchery, Odilia Boutry, Sylvestre Clancier et Danièle Corre (Fr.), Denise Desautels (Qc), Jacques Fournier, Brigitte Gyr, Béatrice Libert (Belg.), Jean Métellus (Haïti), Claire Potter (Austr.) Jeanine Salesse et Bernard Sesé (Fr.).

Chaque poète lira un extrait d'un de ses textes dans le cadre des écrits sur prose : sculptures sur prose 2008. Pour plus d'informations : http://www.festrad.com

  • Marché de la poésie à 17 heures : signature par Jean Métellus de ses derniers recueils de poèmes au Stand "La Librairie (F2/F3) " de 17h à 18h -Le marché de la poésie a lieu comme chaque année Place Saint-Sulpice à Paris dans le 6e

18 juin : 2 lectures de poèmes

  • 18h Lecture de poèmes à l’occasion de la présentation de " Sculpture sur Prose II " à l’Institut Culturel Roumain, 1, rue de l’Exposition, Paris 7e. Le compositeur suisse Jean-Luc Darbellay a écrit une pièce musicale (pour violon et voix) sur un poème de Jean Métellus.
  • 19h30 Participation à une soirée poétique à l’UNESCO dans le cadre des "mercredis culturels de l'ambassade de Tunisie" en compagnie d 'autres poètes : Tanella BONI (Côte d’Ivoire), Tahar BEKRI (Tunisie), Eric BROGNIET (Belgique), Issa MAKHLOUF (Liban), Luis MIZON (Chili), Amina SAID (Tunisie) et Jean-Pierre SIMEON (France).

23 mai : Lecture de poèmes

Le vendredi 23 mai à 19h30 Jean Métellus lira ses poèmes à la Librairie "La Lucarne" 115 rue de l’Ourcq dans le 19e à Paris.

29 avril : Mardis Littéraires de Jean-Lou Guérin

Le Mardi 29 Avril à 20h30, présenté par Jacques Astruc, Écrivain, Jean MÉTELLUS lira ses poèmes avec Patrice Bouret, Comédien, Au Café de la Mairie Place Saint-Sulpice 75006 Paris.

29 mars : La Quinzaine d’Haïti à Creil (60)

A 15h Médiathèque de Creil (1, allée Nelson) : "regards sur Haïti" organisé par l'association AFHSEC

AFHSEC : Association franco-haïtienne de solidarité et d’échanges culturels

25 mars

Rencontres avec des élèves du Lycée François Rabelais à Fontenay-le-Comte 85200

04 mars : Auxerre (89000)

  • 15h30 Rencontre avec des élèves du Lycée Vauban, (22 rue Faidherbe)
  • 19h Rencontre à la Bibliothèque municipale d’Auxerre, rue d’Ardillière

Ces deux rencontres sont organisées par l’association La Soie des Vers (4 rue Bercier 89000 Auxerre France)

02 Février à Tournefeuille (31)

Jury / remises de prix

19 octobre : Participation à la remise du prix de poésie " Max-Pol Fouchet" décerné par l’Atelier Imaginaire à Lourdes

19 juin : remise des prix de la cinquième édition du Concours international des 10 mots de la francophonie

Membre du jury - Hôtel de Lassay. Paris.

30 mai : Concours International des 10 mots de la Francophonie

Jean Métellus participe au jury du "Concours International des 10 mots de la Francophonie " 5 mars : Remise du Prix caraïbe

Salons Boffrand du Sénat 31 ter rue de Vaugirard 75006 Paris.

mardi 18 novembre 2008

Joseph Anténor Firmin

Extrait de la préface de la ré-édition de l'ouvrage : De l'égalité des races humaines : anthropologie positive
Editions L'Harmattan - mars 2004 - L'introduction et la conclusion

Deux noms, deux oeuvres pour évoquer le cadre dans lequel s'inscrit cette modeste préface au maître-livre « De l’égalité des races humaines » qui nous préoccupe aujourd'hui : d'une part Anténor Firmin, d'autre part Arthur de Gobineau, en prenant le contre-pied de la chronologie puisque Joseph Arthur comte de Gobineau, naît en 1816 à Ville d'Avray et meurt à Turin en 1882 alors que Joseph Anténor Firmin (notons la similitude de prénom) naît en Haïti, au Cap le 18 octobre 1850 et y meurt en 1911.

(...)

Mais il était nécessaire de montrer l'atmosphère dans laquelle Firmin évolue en France au moment où il décide de répondre à Gobineau et ses émules qui se sont indûment emparés du parrainage d'un des hommes les plus prestigieux de France, le fondateur de l'anthropologie, Paul Broca. Firmin vit toutes ces polémiques et il doit s'en imprégner pour faire bonne figure. Il y réussit car son livre "De l'Egalité" est édité par le libraire du Conseil d'Etat. Il faudrait que d'autres Haïtiens essaient par les temps qui courent de se hausser à un pareil niveau. La tâche est rude et après les catastrophes successives qui durent depuis maintenant d'un demi-siècle dans le pays, il faut sûrement réfléchir avant de se lancer dans une opération de la même envergure que celle de Joseph Anténor Firmin à qui malheureusement ses concitoyens n'ont pas suffisamment marqué leur reconnaissance.
Oui, Firmin, à la fin du 19° siècle, en France, affronte de grands orages intellectuels, des bourrasques mêmes et sait tenir debout pour dire sa fierté d'être nègre.
On n'insistera pas assez sur le fait que Firmin affronte avec "De l'Egalité" les savants du monde entier, les Etats-Unis en raison de leur composition multiraciale possèdent une école florissante de ségrégationnistes scientifiques. Car le fond du problème consiste à dire aux Noirs "Les hommes ne sont pas égaux, les races ne sont pas égales. Le Nègre, par exemple, est fait pour servir aux grandes choses voulues et conçues par le blanc."(35) Et Firmin a dit non, au nom des fils de Toussaint Louverture, au nom de tous les négrophiles comme on disait alors, c'est pourquoi Firmin mérite de figurer non seulement parmi la panoplie des grands Haïtiens, non seulement parmi les grands nègres du monde, mais parmi les premiers représentants de l'universalisme.

(1) Pradel Pompilus. Manuel illustré d'histoire de la littérature haïtienne. Port-au-Prince. Editions H.Deschamps. 1961. p. 189.
(35) Renan cité par A. Firmin. in op. cit. (3) p. 293.

Jean Métellus

samedi 8 novembre 2008

Louise Michel : une femme de conviction

Enfant, elle avait déjà été punie pour une générosité jugée inutile
Repassant en mémoire les risques courus, les batailles livrées
Elle reconnaît
"La première fois qu'on défend sa cause par
les armes, on vit la lutte si complètement
qu'on est plus soi-même qu'un projectile"

Un courage à la limite de l'inconscience
Un désintéressement sans limite
Une fougue féministe inédite
Le dévouement à toutes les créatures opprimées
Le souci des humbles
Une foi sans faille dans les vertus émancipatrices de l'éducation
Voilà les qualités essentielles de cette femme de convictions
Exemple pour les générations actuelles.

Jean Métellus - Visages de femmes : Louise Michel

Court extrait : les derniers vers du long poème en hommage à Louise Michel

Pour tous les recueils de poèmes de Jean Métellus : cliquez-ici.

mercredi 24 septembre 2008

Aimé Césaire

Aimé Césaire a choisi toute sa vie de défendre la cause de l’homme, c’est-à-dire la plus grande cause qui soit sur la terre mais aussi la plus constamment menacée, en embrassant et en cultivant le genre littéraire le plus fragile, le plus instable et aussi le plus humble et le plus noble qui soit, la poésie.
Depuis Cahier d’un retour au pays natal, son poème d’aube et de plein jour ou de soleil aveuglant projeté sur ses frères de tous les continents, Aimé Césaire nous laisse l’impression d’un homme qui attend un message ou qui, inversement, est porteur d’une nouvelle.
(...)

Jean Métellus

Extrait du discours d'inauguration de la Place Aimé Césaire à Bonneuil (IDF - France)

dimanche 7 septembre 2008

Edris Saint-Amand - Une voix discrète mais inoubliable

Edris Saint-Amand, l’un des écrivains haïtiens les plus percutants du 20ième siècle finissant vient de s’éteindre le 9 février dernier à l’âge de 86 ans.
A Alice Malvoisin, son épouse, professeur de chimie et de sciences naturelles, à ses enfants et à ses proches, nous présentons nos sincères condoléances.

Nous ne disposons malheureusement pas de données suffisantes pour brosser le portrait de l’homme et de l’auteur. Nous n’avons pas eu la chance de le fréquenter suffisamment pour recueillir ses pensées et ses conceptions sur l’art et la littérature en particulier. Mais nous connaissions ses exigences, son sens de l’honneur, son intransigeance en matière de création artistique. Edris ne tergiversait pas avec la vérité et ne faisait pas la cour à toutes les modes qui se disputaient l’attention des uns et des autres. La pensée d’Edris luisait et brillait naturellement. Car Edris était un homme tout de bon, pour de bon, véritablement, réellement. C’est en tout cas l’impression qu’il a donnée à mes enfants, à ma femme et à moi lors de nos rencontres à Bonneuil ou en Haïti.
Mais Edris n’est pas un simple citoyen qui vient de disparaître, c’est le dépositaire d’une culture, d’un grand savoir, d’une vision réaliste et généreuse de la réalité haïtienne.
A chaud, je ne peux pas argumenter mes affirmations comme il conviendrait mais je suis persuadé que nombre d’écrivains, de poètes et d’artistes n’auraient aucun mal à adhérer à mes sentiments sur cet écrivain de très haute volée.
Il y a l’Edris de Bon dieu rit, cet Edris qui n’a pas eu la juste reconnaissance qu’il méritait, cet Edris qui a finalement arraché au Frère Raphaël Benon et à l’honorable Pradel Pompulus dans « l’Histoire de la littérature haïtienne » parue aux Editions Caraïbes en 1978 cet aveu :
« Aucun roman du siècle ne peint sans doute avec autant de crudité l’état des masses rurales haïtiennes. L’auteur a campé dans le personnage de Prévilien un type frappant de paysan, confiant lui-même et décidé à lutter jusqu’au bout contre les forces qui l’oppriment ». Beaucoup de lecteurs le comparent à Manuel de « Gouverneurs de la Rosée », et lui donnent la préférence.Donc le roman d’Edris, ce premier roman, aurait dû faire de lui un de nos meilleurs ambassadeurs à travers le monde. Emile Henriot de l’Académie française saluait ce livre en écrivant dans « Le Monde » du 29 octrobre 1952 : « Un livre on ne peut plus vivant … Un conteur des plus remarquables. »
De son côté Georg Maranz disait en juillet 1955 de l’auteur de Bon dieu rit : « Un talent peu ordinaire… Edris Saint Amant a offert au monde un grand livre », et Léonard Sainville dans « l’anthologie de la littérature négro-africaine », parue à Présence Africaine en 1963 n’hésite pas à écrire : « …le seul livre de lui que nous connaissons lui permet de figurer honorablement parmi les auteurs haïtiens qu’on s’accorde généralement à considérer comme de bons écrivains ».
Si de leur côté Ghislain Gouraige, Docteur ès lettres en Sorbonne et professeur à l’Université de Port-au-Prince, auteur d’une « Histoire de la littérature haïtienne » (de l’indépendance à nos jours 1960) et Pradel Pompilus, auteur du « Manuel illustré d’histoire de la littérature haïtienne » ( en collaboration avec les Frères de l’Instruction Chrétienne 1961 (Port-au-Prince Henri Deschamps) ont tour à tour salué la valeur artistique de Bon Dieu Rit et le talent incontestable de son auteur, il était naturel que le premier prix Hatier International de littérature de caraïbes soit décerné à Edris saint-Amant pour son deuxième roman : Le Vent de Janvier écrit avec la même ferveur la même conviction que Bon dieu rit et sans aucune concession.
Ce n’est pas le moment de disserter sur ses travaux de critiques et de commentateur, chefs d’œuvre de perspicacité et de réussite. Il avait cette qualité exceptionnelle de comprendre les parenthèses, les non-dit, d’entendre les silences.

Souhaitons que le jeunesse haïtienne se laisse traverser par l’œuvre de cet écrivain discret et charmant, sensuel et lumineux.

Jean Métellus

Article / hommage paru en Haïti dans le journal "Le nouvelliste" les jours qui ont suivi le malheureux décès d'Edris Saint-Amand.

mardi 19 août 2008

Première audition d’un jeune violoniste

L’auditoire essentiellement constitué de parents et amis des jeunes interprètes et de quelques personnalités avait profité d’une interruption entre deux morceaux pour bavarder, sucer des bonbons en froissant des papiers, bref pour s’agiter. Mais à peine Brice eut-il entamé le premier mouvement qu’une certaine qualité de silence s’installa : de mesure en mesure, le tempérament, la sensibilité, la virtuosité du jeune artiste se révélaient. Rarement des enfants doués ou inspirés avaient atteint une telle aisance, une telle intensité d’exécution. Quand la dernière note s’envola et que Brice s’inclina lentement vers ses juges avant de quitter la scène, les auditeurs médusés restèrent quelques secondes sans réagir avant d’applaudir à tout rompre. Sans conteste Brice était le seul lauréat possible. En écoutant la proclamation des résultats, il transpirait et en même temps souriait.

Jean Métellus – La Parole prisonnière

Texte utilisé pour la dictée de la Session de juin 1989 de l’académie d’ORLEANS-TOURS

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