Comme on nous l'apprenait au lycée Pinchinat de Jacmel avec une conviction qui nous émeut toujours, Jean Brierre est l'un des plus grands bardes de la poésie haïtienne. Adulte, j'ai eu l'occasion d'évoquer son œuvre avec Maurice A. Lubin, un critique remarquable et surtout j'ai eu la joie de le rencontrer chez moi et chez René Piquion, une grande figure du paysage intellectuel haïtien.

Brierre a su célébrer avec panache nos héros et leurs exploits. Mais cet homme qui a dû affronter au cours d'une existence bien remplie et tumultueuse les rigueurs du régime de Duvalier et tous les tracas de l'exil nous a laissé avec son beau recueil "Un Noël pour Gorée" les témoignages d'un aîné et d'un penseur que nous proposons aujourd'hui aux lecteurs d'Haïti Tribune de revisiter avec nous.

Ce texte retrace avec force l'histoire d'un des centres les plus connus de la traite négrière avant la déportation des esclaves. Quand on a vu une fois Gorée on comprend que Brierre appelle "île des douleurs", cette île où Jésus se serait rendu pour transmuer la haine, la cruauté des Occidentaux en paroles de paix.

Dans ce recueil, outre le poème qui donne son titre au recueil, Brierre a écrit 3 lettres au père Noël, ni exercices de style, ni cahiers de revendication mais interrogation fondamentale sur le phénomène "père Noël" et remise en cause du statut de cette fête dans l'univers des hommes. De tels textes pourraient nourrir la réflexion des écoliers, durant toute la période de l'avent. Citons au hasard : 1ère lettre au père Noël.

Jean Métellus

Article publié dans le numéro de décembre 2005 de Haïti Tribune