Paul s’en est allé, on ne le verra plus enthousiaste, chaleureux, vibrant et ce qui nous manquera le plus, c’est sa voix, cette voix coulée dans le bronze, la ferveur et la fraîcheur, cette voix qui réveillait en nous à l’autre bout du fil l’odeur vraie et sincère de l’amitié.

J’ai rencontré Paul très tard lors d’un voyage aux Etats-Unis, mais je connaissais Jacques Lenoir depuis longtemps. J’ai toujours dit à mes amis à propos de mon séjour aux U.S.A que chez Paul et Marcelle, j’étais plus heureux que dans un hôtel à étoiles illimitées. J’étais à l’étranger une fois de plus, mais avec l’impression d’être vraiment chez moi. En vérité, nulle part, je n’ai été aussi bien reçu et je pense que personne ne peut comprendre la solidité des liens qui se sont alors créés entre lui et moi.

Nous nous téléphonions souvent, très souvent, le problème des notes de téléphone était le cadet de nos soucis. Moi j’aimais entendre sa voix, lui voulait de mes nouvelles. On se faisait part de nos projets, de nos espoirs et aussi de nos déceptions, oui nous nous parlions souvent, c’est un temps révolu. Mais nous restent sa photo, ses poèmes et l’ensemble de ses textes.

Nous avons eu le bonheur de le recevoir, lui et son épouse Marcelle dans notre pavillon de banlieue à Bonneuil. Daniel Arty était là, Jean-Claude Charles aussi, c’était probablement à la fin du printemps car nous étions dans le jardin. Paul était vivant, fougueux, Marcelle tendre et lumineuse. Entre Haïtiens, nous avions naturellement refait le pays qui apparemment n’a pas beaucoup changé malgré nos vœux, nos souhaits et notre détermination.

Depuis, Daniel Arty est mort et Marcelle Laraque aussi. L’assistance de cette réunion printanière s’est considérablement amenuisée mais le souvenir en reste vif.

L’œuvre de Paul Laraque nous livre sa vérité sur "la femme, l’amour, le pays, la révolution universelle qui sont des thèmes intégrés dans la majorité de ses poèmes" comme l’a écrit son frère Franck dans la préface aux "Oeuvres Incomplètes".

Je retiendrai de Paul l’image d’un grand poète, d’un mari exemplaire, d’un homme d’une extrême bonté, d’une convivialité à toute épreuve, d’une générosité et d’un courage incomparables, aux convictions inébranlables, bref d’un grand humaniste.

Nous reviendrons probablement à froid sur son œuvre de poète et de militant mais Paul peut désormais dormir en paix. Car son esprit est parmi nous.

Jean Métellus