Le Blog de Jean Métellus

 

vendredi 26 octobre 2007

Louis Armstrong

Recouds, reprise les saisons déchirées
Lacère la nuit et délie l’aurore
Caresse l’immensité de ta voix sans frontière

Le ciel s’est dévêtu
Le firmament est vierge
Le monde, désespérément noué
Attend un sanctificateur

Et le cauchemar d’Armstrong au sortir de ce songe
S’est dérobé sous l’haleine vive de l’espoir

Ses vœux se sont mariés aux mots
Ils ont enfantés
Dans la chamade du siècle
Dans le tonnerre et dans le sang

Malgré les vents adverses
Dans les entrailles de la fureur
Malgré les flammes, la fumée et la peur
Malgré les souffles de terreur
Ils ont enfanté
Un homme éprouvé par le fer et le feu
Attentif aux fêlures du silence
Qui dépose sa voix sur toutes les déchirures

Assiège l’écorce de l’amertume
Et apaise la démangeaison de jours

La voix d’Armstrong, vivante dans nos cœurs
Ranime les cendres
Et sa trompette
Éparpillant des escarbilles
Délie nos prières

Ô sa bouche robuste et crue
Comme une aube inviolée
Ô ses lèvres possédées
Chair martyrisée

Extrait (les premiers couplets) du poème de Jean Métellus : Armstrong (1900 - 1971) publié dans le recueil Voix nègres, voix rebelles, Éditions Le Temps des Cerises.

Pour toute la poésie de Jean Métellus.

jeudi 11 octobre 2007

L'enfant noir et une école haïtienne


Un enfant noir contre la nature a mille ressources, dans sa lutte contre les saisons plus d’un atout, dans sa façon d’aspirer toute la vie qui naît du majestueux soleil, de tous les rocs polaires, une force, une joie, un appétit, une coquetterie qui fait pâlir la lionne fantaisie de la forêt abritant de frêles arbres.

L’enfant noir crie quand vient tomber sur sa peau douce et pure comme l’eau de la source que les rocs ont filtrée le jour qu’un horloger avare distribue en compte-gouttes.

L’enfant noir crie et demande que son corps, le diamant de sa peau qui illumine ses nuits se substitue au soleil inconstant.

L’enfant noir demande que sa peau plus riche qu’un ciel de fête de Noël ne prenne la direction d’un monde enténébré par la fumée qui monte des couches de l’or.

C’est pour cela que de tout temps rit l’enfant noir.
C’est l’argument de son sourire, la source inépuisable de la plus grande bonté, quelque chose qui ressemble à la racine même de la vie.
Ni vouloir de dominateur. Ni soin calculé de charmer. Ni stupide besoin d’amuser.

L’enfant noir rit avec ses pores au moment ou s’annonce l’aurore.

(......)

  • Anthologie de la poésie française du XXe siècle, nrf, Poésie / Gallimard
  • Au pipirite chantant et autres poèmes, Maurice Nadeau 1978 - réédition 1995

Jean Métellus : L'enfant noir

Pour plus de peinture naïve haïtienne, visitez le blog : La peinture naïve haïtienne.