jeudi 26 juin 2008
Allocution de Jean Métellus suite à la réception de l'insigne de Chevalier de la Légion d'honneur par Georges-Emmanuel Clancier (13 juin 2008)
Par jacmelien, jeudi 26 juin 2008 à 20:19 :: Actualités
Je voudrais tout d’abord remercier Monsieur le Président de la République qui m’a fait l’honneur de me décerner cette distinction de Chevalier de la Légion d’honneur. Mes remerciements vont aussi à Monsieur le Préfet du Val-de-Marne qui a bien voulu intervenir auprès du ministère concerné.
Naturellement je veux aussi remercier avec chaleur la mairie de Bonneuil qui m’offre de nouveau ce cadre pour réunir mes proches et mes amis. Bernard Ywanne, hier, et Patrick Douet, aujourd’hui, avec beaucoup de courtoisie et de sincérité m’ont manifesté leur amitié en m’accueillant et en mettant à disposition le service des fêtes. Comment ne pas remercier tout le personnel requis à cet effet ?
Mais à travers ma personne, c’est toujours à mon pays d’origine, Haïti, au peuple haïtien que la municipalité, en plusieurs circonstances, a voulu rendre hommage.
Je ne reviendrai pas sur l’histoire de mon pays, le premier pays noir libre du monde moderne, né le 1er janvier 1804 face à un ancien monde uniformément hostile, le premier pays à connaître un embargo dès sa naissance et à avoir été condamné à verser 150 millions de francs or d’indemnité aux colons chassés au début du XIX° siècle, le premier pays à subir un bombardement aérien de la part des U.S.A au début du XX°siècle, vers les années 1920 pour combattre une insurrection d’hommes armés, le pays où la négritude s’est mise debout pour la première fois avec Toussaint Louverture comme l’a si bien dit Aimé Césaire, le pays qui a montré le chemin de la libération à tous les pays d’Amérique latine, ce pays qui a inspiré tant de répulsion aux chefs d’État occidentaux depuis sa naissance et qui a poussé Franklin Delano Roosevelt à écrire " il faut constamment soulever les va-nu-pieds contre les gens à chaussures et mettre les gens à chaussures en état de s’entretuer les uns les autres. C’est la seule façon pour nous d’avoir la prédominance continue sur ce pays de nègres qui a conquis son indépendance par les armes, ce qui est un mauvais exemple pour les 26 millions de noirs d’Amérique ". Est-ce étonnant, dans ces conditions, que ce pays soit devenu le moins avancé des États d’Amérique ?
Malgré toutes les difficultés internationales, Haïti et la France se sont retrouvés. Je ne vais pas oublier de dire que j’ai effectué toute ma scolarité jusqu’au baccalauréat dans ma ville natale de Jacmel grâce à des professeurs haïtiens et jacméliens.
Mais pour des raisons de turbulence politique, j’ai dû quitter Haïti et c’est la France qui m’a accueilli et m’a permis de mener des études supérieures. Je dois tout ce que je suis à mon pays natal, Haïti et à mon pays d’accueil, la France.
En recevant aujourd’hui l’insigne de Chevalier de la Légion d’Honneur des mains de mon maître, confrère et ami, Georges-Emmanuel Clancier, j’éprouve une joie immense certes ternie par le climat d’insécurité et la misère qui règnent en Haïti, mais ma reconnaissance reste grande et entière et je veux croire que l’avenir permettra à Haïti de devenir un pays où il fera bon travailler, créer et tout simplement vivre.