Edris Saint-Amand, l’un des écrivains haïtiens les plus percutants du 20ième siècle finissant vient de s’éteindre le 9 février dernier à l’âge de 86 ans.
A Alice Malvoisin, son épouse, professeur de chimie et de sciences naturelles, à ses enfants et à ses proches, nous présentons nos sincères condoléances.

Nous ne disposons malheureusement pas de données suffisantes pour brosser le portrait de l’homme et de l’auteur. Nous n’avons pas eu la chance de le fréquenter suffisamment pour recueillir ses pensées et ses conceptions sur l’art et la littérature en particulier. Mais nous connaissions ses exigences, son sens de l’honneur, son intransigeance en matière de création artistique. Edris ne tergiversait pas avec la vérité et ne faisait pas la cour à toutes les modes qui se disputaient l’attention des uns et des autres. La pensée d’Edris luisait et brillait naturellement. Car Edris était un homme tout de bon, pour de bon, véritablement, réellement. C’est en tout cas l’impression qu’il a donnée à mes enfants, à ma femme et à moi lors de nos rencontres à Bonneuil ou en Haïti.
Mais Edris n’est pas un simple citoyen qui vient de disparaître, c’est le dépositaire d’une culture, d’un grand savoir, d’une vision réaliste et généreuse de la réalité haïtienne.
A chaud, je ne peux pas argumenter mes affirmations comme il conviendrait mais je suis persuadé que nombre d’écrivains, de poètes et d’artistes n’auraient aucun mal à adhérer à mes sentiments sur cet écrivain de très haute volée.
Il y a l’Edris de Bon dieu rit, cet Edris qui n’a pas eu la juste reconnaissance qu’il méritait, cet Edris qui a finalement arraché au Frère Raphaël Benon et à l’honorable Pradel Pompulus dans « l’Histoire de la littérature haïtienne » parue aux Editions Caraïbes en 1978 cet aveu :
« Aucun roman du siècle ne peint sans doute avec autant de crudité l’état des masses rurales haïtiennes. L’auteur a campé dans le personnage de Prévilien un type frappant de paysan, confiant lui-même et décidé à lutter jusqu’au bout contre les forces qui l’oppriment ». Beaucoup de lecteurs le comparent à Manuel de « Gouverneurs de la Rosée », et lui donnent la préférence.Donc le roman d’Edris, ce premier roman, aurait dû faire de lui un de nos meilleurs ambassadeurs à travers le monde. Emile Henriot de l’Académie française saluait ce livre en écrivant dans « Le Monde » du 29 octrobre 1952 : « Un livre on ne peut plus vivant … Un conteur des plus remarquables. »
De son côté Georg Maranz disait en juillet 1955 de l’auteur de Bon dieu rit : « Un talent peu ordinaire… Edris Saint Amant a offert au monde un grand livre », et Léonard Sainville dans « l’anthologie de la littérature négro-africaine », parue à Présence Africaine en 1963 n’hésite pas à écrire : « …le seul livre de lui que nous connaissons lui permet de figurer honorablement parmi les auteurs haïtiens qu’on s’accorde généralement à considérer comme de bons écrivains ».
Si de leur côté Ghislain Gouraige, Docteur ès lettres en Sorbonne et professeur à l’Université de Port-au-Prince, auteur d’une « Histoire de la littérature haïtienne » (de l’indépendance à nos jours 1960) et Pradel Pompilus, auteur du « Manuel illustré d’histoire de la littérature haïtienne » ( en collaboration avec les Frères de l’Instruction Chrétienne 1961 (Port-au-Prince Henri Deschamps) ont tour à tour salué la valeur artistique de Bon Dieu Rit et le talent incontestable de son auteur, il était naturel que le premier prix Hatier International de littérature de caraïbes soit décerné à Edris saint-Amant pour son deuxième roman : Le Vent de Janvier écrit avec la même ferveur la même conviction que Bon dieu rit et sans aucune concession.
Ce n’est pas le moment de disserter sur ses travaux de critiques et de commentateur, chefs d’œuvre de perspicacité et de réussite. Il avait cette qualité exceptionnelle de comprendre les parenthèses, les non-dit, d’entendre les silences.

Souhaitons que le jeunesse haïtienne se laisse traverser par l’œuvre de cet écrivain discret et charmant, sensuel et lumineux.

Jean Métellus

Article / hommage paru en Haïti dans le journal "Le nouvelliste" les jours qui ont suivi le malheureux décès d'Edris Saint-Amand.